Les voies des interactions médicamenteuses sont parfois comiques, à défaut d’être impénétrables. Le cahier formation du “Moniteur des pharmaciens” du 5 novembre relate un cas d’effet antabuse survenu à un homme alcoolodépendant suite à la consommation de “Mon Chéri”. Attention, “sensations intenses” garanties !
Traité par disulfirame, un traitement médicamenteux indiqué dans le cas de dépendance à l’alcool, Monsieur M., 52 ans – abstinent depuis plus d’un an – a vu son traitement suspendu une semaine avant Noël par son médecin. Mais le soir du réveillon, Monsieur M. ne faillit pas à la tradition chocolatière des fêtes de Noël et mange quelques “Mon Chéri”, ces petits chocolats noirs bien connus, fourrés d’une cerise confite et de liqueur de cerise… Les effets secondaires de ce geste apparement anodin ne tardent pas à apparaître : rougeur du visage, sensation de chaleur… bref ce que les experts appellent “l’effet antabuse” (les symptômes de cet effet étant également vasodilatation, céphalée, nausée, vomissements, tachycardie, hypersudation, vertiges, étourdissements, vision floue, confusion mentale, etc…). Cet effet antabuse, induit par l’association d’alcool avec certaines substances (comme le disulfirame administré à notre Monsieur M.), peut être recherché dans le cadre du traitement de l’alcoolisme chronique. En effet, une ingestion même minime d’alcool peut alors déclencher cette réaction pénible et désagréable, qui va contribuer au maintien de l’abstinence. Or, sachez qu’un petit “Mon Chéri” de rien du tout contient 8 ml d’alcool, soit 6,4 g pour 100g de chocolat, donc 0.8 g d’alcool pur. Pour comparaison, un verre de vin standard contient 10 g d’alcool. Alors pourquoi un tel effet alors que Monsieur M. avait arrêté son traitement depuis une semaine ? L’effet antabuse, rémanent et sournois comme un serpent, peut survenir jusqu’à deux semaines après la dernière prise de disulfirame…
Alors, ex-alcoolique magnifique, abstinent méritant, méfies-toi des sensations intenses que les ”Mon Chéri” peuvent t’infliger ! Le Yang-Tsé-Kiang* ne sera plus jamais ta muse et si t’abuses, t’auras l’effet antabuse…
* Les fans de Michel Audiard comprendront !

