Heureux frères Caillebotte qui, dégagés des obligations matérielles grâce à la grande fortune que leur laissa leur père, purent s’adonner aux arts et à la douceur de vivre. L’exposition “Dans l’intimité des frères Caillebotte” rend hommage à une certaine gémellité des travaux picturaux et photographiques de Gustave et Martial… qu’il s’agisse d’évoquer des scènes de nautisme ou de rendre compte de la modernité d’un monde en pleine mutation.
C’est toujours un très grand plaisir de se rendre au Musée Jacquemart-André… impression d’aller au jeudi de la Comtesse, en son hôtel particulier… prendre une tasse de thé dans son jardin d’hiver… écouter une pièce de Fauré en son salon de musique… Le parquet craque sous nos pas, un impromptu de Schubert résone sous les fresques de Tiepolo. Magnifique exemple de l’architecture haussmanienne… Ecrin idéal pour cette exposition consacrée à ces contemporains du baron Haussmann que sont les frères Caillebotte.
Gustave, l’aîné des frères, était peintre, mécène (de Renoir et Manet, entre autres), mais aussi architecte naval, fou de nautisme perfectionnant lui-même les voiliers sur lesquels il court les régates, passionné d’horticulture et de philatélie, loisir qu’il partageait avec son frère cadet, Martial, lui-même musicien et photographe. Ils grandirent dans un hôtel particulier, rue de Miromesnil puis vécurent boulevard Haussmann… se délassèrent dans leur maison de campagne, à Yerres puis au Petit-Gennevilliers. Non contraint de vendre ses tableaux pour vivre, il laissa le soin à Renoir, son exécuteur testamentaire, de léguer ses oeuvres à l’Etat qui ne les voyait pas d’un bon oeil !
Plans larges, perspectives fuyantes… Par le choix de ses sujets et le regard photographique qu’il porte sur eux, on dit Caillebotte “réaliste”. Les percées haussmanniennes dans Paris n’incitaient-elles pas à voir l’espace sous de nouvelles perspectives, du haut d’un balcon ? Les fabriques de Gennevilliers ou le Pont de l’Europe ne méritaient-elles pas, tout comme les canotiers et les guinguettes, d’être montrés tels qu’ils sont ?
Regarder les choses et les donner à voir sans les interpréter… en dépassant l’académisme du goût en place. Certains en font le précurseur d’un autre “réaliste”, beaucoup plus tardif, Hooper.
Etre réaliste… c’est tout simplement être en prise directe avec son temps, attentif à “l’ici et maintenant” d’une époque. Ne serait-ce pas ça la modernité ?





